Y a-t-il un sens pour respirer ?
Quelles sont les bases du soutien ?
Comme je l’écrivais dans l’article “Comment fonctionne l’instrument”, la respiration la plus physiologique est la respiration abdominale. Cette respiration a de nombreux bénéfices pour la santé, allant d’une meilleure digestion à une détente corporelle face au stress.
Or, dans notre société moderne et occidentale, nous sommes souvent gainés, avec un ventre serré et rentré. La respiration monte dans le corps lorsqu’on inspire au niveau des côtes supérieures, et en expirant nous “lâchons les tensions”. Ce type de respiration est l’inverse de la respiration abdominale, et il vous sera impossible de développer un soutien, indispensable au chant, et à la santé de la voix en général.
Comment respirer “dans le bon sens” ?
En détail, tout part du ventre, et plus précisément du périnée, du plancher pelvien. Cette structure soutient les viscères, comme un grand hamac.
Sur l’inspiration, nous relâchons le ventre comme une grande détente, sans prendre d’air dans le haut du corps : on imagine que l’air gonfle le ventre. Dans les faits, nos poumons sont en forme de poire, plus pleine en bas. Nos côtes flottantes sont faites pour s’ouvrir, elles ne sont pas attachées au sternum, justement pour offrir plus de place quand nous respirons “jusque dans le ventre”. L’air va gonfler le bas des poumons (et pas le haut !), les poumons, en prenant de la place, vont chasser les viscères vers le bas et vers l’extérieur. Voilà pourquoi l’air qui gonfle les poumons gonfle aussi le ventre : il s’agit d’une grande vague qui doit arriver jusque dans le bassin.
Sur l’expiration, nous engageons la musculature du bas ventre puis du ventre, en accompagnant la remontée de l’air. Si nous avons bien inspiré en détendant entièrement le ventre, souffler se fait très naturellement. Une bonne inspiration nous permet de sentir que la vague “d’air qui gonfle le ventre” repart en sens inverse, en commençant par le plancher pelvien, puis engage la musculature du bas du ventre en remontant (grand droit de l’abdomen, muscle pyramidal, puis transverse pour les scientifiques - il n’est pas nécessaire de connaître les noms ou de les sentir isolément pour acquérir un bon geste !).
Exercice : en prenant l’air, faites un “ventre de Bouddha”, et en soufflant, rentrez le ventre et sentez que le bas du corps remonte, l’énergie remonte.
Attention ! Sans en avoir conscience, il est fort probable que vous respiriez en respiration thoracique. Ce qui vous semblera naturel sera l’inverse de la respiration que nous cherchons.
Au début de la pratique abdominale, nous avons l’impression étrange de ne pas respirer et d’être en apnée, car nous sommes habitués à respirer dans le thorax. Pour notre cerveau, inspirer c’est avoir la sensation du thorax rempli ; en respirant en bas, notre cerveau croit que nous n’avons pas pris d’air… Je recommande donc de faire cet exercice quelques minutes tous les jours devant le miroir, pour contrôler le mouvement du thorax et des épaules, qui ne doivent pas monter.
Je compare ce geste à une éponge : sur l’inspiration elle se détend et se gonfle d’eau sans qu’on puisse forcer l’éponge à se gonfler, et sur l’expiration on presse l’éponge pour vider l’air du corps, accompagner sa remontée.